Le glas sonne à Pezenas

La mort est annoncée. Par ce matin de 8 Juillet 2013, le soleil a définitivement gagné le ciel après un printemps si gris, pluvieux et froid. La chaleur tombe comme le vent. A deux pas et quelques battements d’ailes que ces martinets savent si bien faire, le campanile de Pézenas tinte.

Le glas sonne toujours.

Les coups alternent entre une petite et une plus grosse cloche. 2 coups sur la grosse puis un sur la petite. C’est lent. Le son accompagne le dernier voyage tel un battement de cœur, le martèlement lancinant du dernier souffle.

Le glas ne sonne plus.

Je perçois à nouveau les bruits des communs des mortels. L’aboiement d’un chien qui réveille au matin un appartement endormi, le bruit du moteur d’un petit avion de tourisme qui passe bien au-dessus des toits, les cris stridents des martinets qui tournent comme des escadrilles, en formation, autour des pâtés de maisons, le vol des abeilles juste derrière moi qui plongent dans les fleurs orangées d’une bignone.

Il n’y a qu’ici, depuis que je vis ici, depuis que je vis dans ce cœur de village, depuis que, par ce beau temps, ma fenêtre reste ouverte la moitié de l’année sur une terrasse ombragée, que j’entends ce glas.

Je le reconnais très nettement. Il m’arrête dans mon activité à chaque fois qu’il me surprend. Il pénètre dans ma chair, lentement, coup après coup. Il marque ce que nous tous, nous fuyons. Il pointe le temps qui nous est imparti. Il rappelle que l’un des nôtres s’en va. Aujourd’hui ce 8 juillet 2013, j’ai 45 ans et mon voisin part dans sa dernière demeure, un peu plus loin, dans un trou que l’on aura pris soin de rendre moins pénible à la vue des restants, par des fleurs, une belle pierre, des arbres autour.

Je regarde la famille qui vient, de noir vêtue, comme si j’étais moi, le mort, qui aurait ce loisir, le dernier, celui de voir ses proches le jour de ses obsèques. On ne peut pas lutter. La vie s’empresse de vous remplacer. La vie n’appartient à personne et la mort aime à vous le faire sentir. C’est fini. On passe à autres choses. L’arrière-petite-fille finit son biberon dans l’indifférence de son âge pour ce genre d’émotion et de cérémonie. Les enfants du mort deviennent pour un temps les plus âgés, les prochains sur la liste.

Le klaxonne…

d’une Mercédès secoue la rue. Quelqu’un gène. Il se pousse, la voiture s’en va. La ville a repris ses habitudes et ses bruits. Je suis seul derrière les murs, à attendre que la vie me vieillisse. J’ai 45 ans en ce 8 Juillet 2013. J’ai encore en moi des projets. Certes si maintenant je profite un peu plus de l’instant présent, j’ai encore en moi ce souci du lendemain, du jour d’après. J’y crois encore certainement.